PHOTO : JEAN-MICHEL VOGE

Il y était
Dans cette maison
Cette maison-là
Un rayon dans le dos
Douce chaleur d’autrefois
La tomette froide
Sous ses pieds nus d’enfant
A l’intérieur
Tout un monde
L’odeur entêtante
Du chèvrefeuille
La chair sucrée du melon
La danse des abeilles
Le petit bruit du vent
Dans le marronnier
A l’heure de la sieste
Quand le temps est suspendu
Au rythme du tic-tac régulier
De la vieille horloge à ressorts
De la salle à manger
Les volets qui grincent
Les gonds sont rouillés
La peinture des fenêtres s’écaille
Par endroits
Comme sa peau doucement s’affaisse
Une mouche bourdonne sans relâche
Piégée par la transparence d’une fenêtre
Des pigeons roucoulent quelque part
Et roulent des « r » d’espagnols en goguette
Comme sa langue avait roulé
Autour de celle de la petite voisine d’à côté
Louise
Non
Un nom de fleur
Marguerite
Non plus
Iris
Il ne sait plus
Ses cheveux sentaient
L’estragon
Enfant, il aimait bien ce mot
Estragon
Ça ressemblait à « dragon »
Un dragon extra
Il y était
Dans cette maison-là
Après toutes ces années
Ombre voutée
Foulant les chambres oubliées
De son enfance
Chaque pièce réveillant
Un souvenir enfoui
Cascades de rires
Et roulades dans l’herbe fraîche
Ou longs sanglots dans la nuit
Fantôme écaillé
Revenant solitaire
Hésitant
Se séparer
Ou entretenir
Tirer un trait
Ou s’y replonger
Dans cette maison-là
La maison de la colline
La maison de son enfance