
Il y a le vide dans le dos
Une échappée
Un vertige
L’appel du vide
Il le dit avec l’accent américain
Cet accent qui la faisait fondre
Un jour elle a fondu pour lui
Ce jour vieux de trois siècles
Il a toujours aimé les grands hôtels
Laisser son regard s’évader
Sur les allées et venues des inconnus
Leur inventer des vies
Celui-là est un homme d’affaires
Psychopathe
Celle-là une harpiste classique
Faussement sage
Cet autre un agent immobilier
Un peu poète
Accompagné de sa sœur jumelle
Daltonienne
Qui aurait rêvé de devenir championne de patinage artistique
Mais qui est devenue conseillère d’orientation
Dans un lycée public de Dunkerque
Il l’attend
Dans le hall cossu de ce grand hôtel
Dans le moelleux du cuir
Il l’attend depuis des siècles
Ils en ont souillé
Des chambres d’hôtel
Ecumé des bars
Depuis quand ne l’a-t-il pas vue ?
Celle qui lui mordait le cou
L’oreille
Celle qui ne pouvait s’empêcher de l’embrasser
Sans le mordre quelque part
Elle disait
C’est l’amour
C’est l’amour qui me fait te mordre
Lécher les grains de beauté de ton corps
M’enivrer du parfum de ta peau
Comme si c’était celui d’un nouveau pays
Elle portait toujours aux pieds
Des petites baskets noires
Aussi noires que les boucles de ses cheveux
Lui chatouillant son torse nu de jeune homme
Elle marchait vite
Aussi vite que cette harpiste classique
Faussement sage
Il l’attend
Il l’attend depuis des siècles