
Photo : Jean-Michel VOGE
J’en ai vu passer
Des joufflus
Des pointus
Des rebondis
Des poilus
Des fermes
Des mous
Des gazeux
Des intrépides
Des timides
Des sans-gêne
Des plissés
Des très lisses
Ils se sont vautrés
Prélassés
Consolés
Sur la douceur satinée
De mon anatomie
Ou n’ont posé qu’une demi-lune contrite
Sur l’un de mes rebords à ressort
À chaque fois
Je les ai portés
Soutenus
Supportés
Contenus
Souvent réduit
Au réceptacle de leur vacuité
Suppôt de soutien
Simagrée
Et parfois le repaire moelleux
De leurs brûlants secrets
Trop longtemps gardés
Quand leurs paroles
Brûlent le velours fleuri
De mon coussin à rebours
Ou la dorure d’un de mes pieds
Déchirant le ciel azur
D’un éclair de félicité
Sous le regard hâbleur
Du barbu feuillu
Je sais qu’ils la touchent du bout du doigt
La caressent
L’effleurent
La percutent
De plein fouet
Leur vérité
J’en ai vu passer
Des postérieurs avisés
Ou mal léchés