Souvent je rêve

Dessin : « Le divan » de Franck DION
Souvent je rêve
D’un coléoptère géant
Un monstre à trois têtes
Effrayant
Qui me colle au plafond
En un rien de temps
Il m’aspire
Me dévore
Me transforme
En un lilliputien
Pas plus haut que trois pommes
Appelé Tom
Alors que je me nomme…
Comment ?
Alors que je ne sais plus du tout
Comment je me nomme
Tom est un loup pour l’homme
Non
Tom est plutôt une miette de pain
Qu’on époussette sur une nappe blanche
Tâchée de vin
Un dimanche de pluie
Jour du gigot flageolets
Chez maman
À Dunkerque
Ou peut-être à Royan
Une poussière dans l’œil
Si petite
Qu’elle ne fait pas pleurer
Même un gosse
Juste un peu râler
Vaguement
Tom est devenu moi
Je suis devenu lui
Comme ça
Un dimanche de pluie
À Dunkerque
Ou peut-être à Royan
Et je ne sais plus comment vivre
Comment vit-on
Quand on n’est plus soi
Quand on est un autre
Minuscule
Ridicule
Transparent
Quand on nous tuerait
D’un revers de main
Sans le vouloir
Sans en avoir besoin
Comment vit-on
Quand on est presque mort
Ou peut-être jamais né ?
Je tourne un peu la tête de côté
Et je vois ses gros yeux
Qui me fixent
Elle sourit dis donc
Mon désespoir
La fait marrer
« Bon » elle dit
C’est tout pour aujourd’hui Tom
Elle se remet sur ses petites pattes arrière
Et me chipe mon billet
Sans chipoter
La chipie
Je ne vais pas en dormir de la nuit
Je ne vais plus en dormir de la vie
C’est sûr
Je suis cuit
Elle m’a appelé Tom
Mon oreille glisse sur le gazon
Mon œil se perd au plafond
Là-haut
Des étoiles
Des astres nus
Brillent
Désastre
Souvent je rêve
M’enlise
M’éloigne
Divague au loin
Quand je me réveille
Ma peau grise
Mes plis froids
Mon corps monumental
Sont ceux d’un homme
Minuscule
Nommé Tom
À moins que je ne me trompe
Tromper n’est pas jouer
Jouer peut rendre fou
Un faible
Et fort
Un aigle
Je suis devenu Tom
Un dimanche de pluie
À Dunkerque
Ou peut-être à Royan
Tom
Ce petit homme
Doux
À moins que ce ne soit Théodore
Dors mon ange
Dors
Et oublie tout